|
UNE MAISON BÂTIE MAGNIFIQUEMENT |
|
« Bussy n’est pas une grande maison, mais elle est bâtie magnifiquement » affirme Roger de Rabutin. La diversité des styles, témoignages d’une longue histoire, ne nuit pas à l’harmonie de l’ensemble. On reconnaît aisément le « donjon flanqué de quatre tours, le tout environné de fossés remplis d'eau » que décrit le dénombrement de 1604. Au début du XVIe siècle, Antoine de Chandio, transforma sa demeure à l'italienne. Il ouvrit la cour d’honneur sur le parc et fit construire deux ailes avec galerie de cinq arcades. Leur décor, qui rappelle celui de Chambord, est caractéristique de la Première Renaissance française. Le grand-père de Bussy, François de Rabutin, acquit la propriété en 1602. Trouvant le château « sur le point de tomber en ruine si on y remédiait promptement », il entreprit de reconstruire le corps de logis principal. Son fils Léonor poursuivit les travaux qui furent achevés par sa veuve en 1649 comme l'atteste l’inscription sur l’avant-corps.
La façade du corps de logis principal de Bussy apparaît homogène, bien qu'on y trouve deux styles différents. Le premier niveau, qui s'inspire de la cour intérieure d’Ancy-le-Franc, le magnifique château des Clermont-Tonnerre, rappelle la fameuse travée rythmique de l'architecte italien Bramante. Le second niveau, séparé par un entablement, est caractéristique du style Louis XIII. Les niches étaient destinées à contenir des bustes, comme au château de Cheverny construit avant 1634 pour Henri Hurault père de la future marquise de Montglas et principale maîtresse de Bussy-Rabutin. Mais les Rabutin, en supposant qu'ils l'aient voulu, ne furent pas assez riches pour les faire sculpter. Au troisième niveau se dresse l'imposante toiture couverte d'ardoises, sur laquelle se détachent de hautes lucarnes. L'avant-corps central en léger ressaut possédait, sous son fronton brisé, les armoiries des Rabutin remplacées au XIXe siècle par celles de son nouveau propriétaire le comte de Sarcus. Les Rabutin désiraient manifestement faire édifier à Bussy une demeure digne de leur rang, qu'ils plaçaient fort haut. L'austérité de la façade postérieure ne saurait étonner. Il s'agit d'un manoir provincial où seule la cour d'honneur compte. Un enduit peint, imitant les briques entre les fenêtres, devait suffire à l'égayer et à rompre une monotonie qui nous choque. Les deux tours orientales furent, elles aussi, profondément remaniées. |
|
|
||
|
Ainsi lorsque Roger de Rabutin se rend à Bussy en 1650 pour « mettre ordre » à ses affaires après la mort de sa mère, Diane de Cugnac, le château devait fort ressembler à celui que nous voyons aujourd'hui. Il est le seul héritier de cette branche des Rabutin depuis la mort, l’année précédente, de son frère Gui. Il lui reste à aménager la demeure à sa guise et à en concevoir le décor d’une beauté singulière, qui est comme le miroir de ses rêves de réussite mondaine, militaire et amoureuse. |
|
|