Devises et emblÈmes

Le comte de Bussy-Rabutin a fait aménager au début de son exil une salle particulière couverte de lambris “de hauteur” pour y placer devises et emblèmes. Sans doute voulait-il offrir à ses amis et amies, dont il espérait la visite, une pièce pour « tenir cabinet » c’est-à-dire pour des conversations mondaines et galantes comme celles qu’ils avaient à Paris dans leurs salons. Pour réaliser le décor – peint par des artisans de second ordre, les seuls qu’il pouvait s’offrir - Bussy a sans doute puisé dans des recueils qui circulaient à l’époque comme, par exemple, celui d’Albert Flamen publié en 1653. Mais il a conçu une œuvre véritablement originale et spirituelle en s’appropriant les emblèmes qu’il transforme à son gré et rattache à sa vie personnelle. De même, en écho à son œuvre littéraire, ses préoccupations morales voire philosophiques s’y lisent dans ces images énigmatiques et dans les formes brèves des sentences où l’évidence surprend et le paradoxe révèle une réalité.

Les devises et emblèmes du château de Bussy ont été déplacés, repeints et, pour certains, modifiés. Leur étude détaillée reste à faire. Bien que Bussy-Rabutin ne les ait pas décrits et commentés précisément dans ses lettres, on peut cependant avec prudence tenter de les grouper selon des thèmes vraisemblables.

Les devises attestées :

 

Une ruche

Spont favos aegre spicula
(La douceur naturelle, l’aigreur étrangère).

C’est la devise personnelle de Bussy-Rabutin. Il a pu s’inspirer de celle d’Antonio de Leva, avec la même image, Sic vos non vobis (vous aussi pour autrui) faisant référence au service du souverain.

 

Une fusée

Da l ardore l ardire
(De mon ardeur vient ma hardiesse).

Devise du maréchal de Bassompierre au carrousel de 1612, auquel Bussy rend hommage, inventée par Laugier selon Tallemant des Réaux.
     

Bussy-Rabutin :

 

À gauche un jet d’eau – Altus ab origine alta (Haut par sa haute origine).
Bussy proclame la haute noblesse de la famille de Rabutin. Il a pu s’inspirer de la devise de l’académicien génois Papirio Picedi
Si deferar efferar (M’abaissant je m’élève).

À droite un oiseau sur un arbre – De mi amori me canto (Je chante mes amours).

Bussy évoque son œuvre littéraire galante.
 

Le caractère de Bussy-Rabutin :

 

     

Un ognon

Che mi mordera piangera
(Qui me mordra pleurera).

 

Un diamant

Plus de solidite que d eclat.

     

Un escargot

In me me involgo
(Je me renferme en moi-même).

 

Un roseau

Flector non frangor
(Je plie et ne romps pas).

     

Un châtaignier couvert de fruits

…Velantur mollia duris
(Les douceurs se cachent sous des aspérités).

 

Événements de la vie de Bussy-Rabutin :

 

Une tourterelle

 Piango la sua morte, é mia vita
(Je pleure sa mort et ma vie).

Allusion probable à la mort de la première épouse de Bussy-Rabutin Gabrielle de Toulongeon morte en 1646  en mettant au monde sa fille Louise-Françoise.
 

Un ciel étoilé

Non mille quod absens
(Qu’importe le nombre si l’une manque).

Autre allusion à la perte de son épouse ?
 

Le Roi et son service :

 

Le soleil éclairant
un cadran solaire
  Le soleil à son plein

 

Si me mira me miran
(S’il me regarde, on me regarde).

Et à l’inverse, s’il m’exile on se détourne de moi. Bussy a pu s’inspirer de la devise d’Alessandro Puci Si adspicis adspicior (Si tu m’avises, l’on me voit).

 

 

Mas virtud que luz
(Encore plus de force que d’éclat).

La gloire du Roi.
     
Une pierre de touche
sur des pieces d’or
  Le soleil amassant des nuages

 

…Quos probat, Illustrat.
(Elle donne du prix à celles qu’elle reconnaît bonne).

Le Roi sait reconnaître les mérites.
 

 

Colligit ut spargat
(Il amasse pour répandre).

Les bienfaits du Roi ?
     

Un faucon coiffant une perdrix

 

Non sibi, sed domino
(Non pour lui mais pour son maître).

Le bon soldat doit servir son roi.
 

Un drapeau déchiré

 E lacero ogni virtu spira
(De ses lambeaux il tire son lustre).

Les généraux combattants acquièrent de la gloire sur le champ de bataille.
 

Divers emblèmes d’amour :

 

Un volcan

La cause en est cachee.

On trouve un emblème comparable chez Flamen : Mas dentro que fuera (Plus dedans que dehors). Il explique que le feu de l’amour brûle d’autant plus qu’il est caché.

     
Un oranger couvert
de fleurs et de fruits
  Une montre

 

Miscent autumni et veris honores
(L’automne et le printemps mêlent leurs dons).

 

 

Quieto fuori e si move d’intro
(En repos au dehors, elle se meut au dedans).

     

Une pie

Decipit et placet
(Elle déçoit et plaît).

 

Un phénix sur son bûcher

Morir per no morir
(Mourir pour ne pas mourir).

Bussy a pu s’inspirer de la devise de Cristoforo Madruzzi
Perit ut vivat (Il meurt pour vivre). On trouve un emblème semblable chez Flamen.

     
Des charbons ardents   Une urne répandant de l’eau
sur la chaux

 

Splendescam, da materiam
(Je resplendirai, donnez-moi la matière).

 

 

E freda m accende
(Elle est froide mais elle s’enflamme).

Peut-on y voir une allusion à Mme de Sévigné qui n’a pas répondu aux propositions galantes qu’on lui a faites ?

 

 

 

Une trigidie (sorte d’iris) en fleur
au soleil
  Une trigidie qui se fane
à l’ombre

 

sa veue me donne la vie.

 

 

son absence me tue.

 

Ces deux devises ne sont visiblement pas au bon endroit. Un fragment de peinture et un début d’inscription en latin abstinet inv… qui peut convenir pour la sentence ci-dessus en français se trouvent dissimulés derrière un panneau dans la chambre actuelle de Bussy. Il pourrait s’agir de l’emplacement initial de cet emblème et indiquer la place du cabinet de devises que Bussy mentionne dans sa correspondance.

     

La constellation du chien

Ny plus bruslant, ny plus fidelle.
Ne piu ardente ne piu fidele

 

Deux mains tressant une corde

En m eloignant mes liens croissent.
Recedendo vincula crescunt.

On voit clairement une hirondelle sur laquelle on a repeint. Peut-être une ancienne devise contre Mme de Montglas.

 

La lune

Affert cum luce quietem
(Sa clarté invite au repos)

     
Une devise, mentionnée au XVIIIe siècle a disparu :
Une lime posée sur une chaîne – La rudesse me délie.

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La devise est une figure emblématique avec une courte sentence qui l’explique. Elle est choisie par une personne physique ou morale (le roi, un gentilhomme, une ville, une famille…). Elle exprime une caractéristique, une pensée ou un sentiment personnel.

L’emblème est une figure symbolique avec une sentence. Comme la devise, elle se compose d’une figure (ou corps) et d’une légende (ou âme). Devises et emblèmes sont prisés à l’époque baroque qui aime donner une représentation visuelle aux idées et aux réalités abstraites. Le langage voilé de l’énigme en réserve l’accès au petit nombre. Élaboré dans les cercles jésuites, l’art des devises était enseigné à des fins pédagogiques dès le collège. Au temps de Bussy, c'était un jeu mondain très à la mode.

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