Les ducs de Bourgogne

Bussy ne parle pas de la série des ducs de Bourgogne dans sa correspondance. Cette collection est cependant bien dans l’esprit qu’il voulait donner au décor de sa galerie et constitue, par les souscriptions, une véritable leçon d’histoire. Les portraits sont d’ancienne facture et présentent un intérêt iconographique certain. Peut-être appartenaient-ils depuis longtemps à la famille de Bussy. Vincent-Nicolas Raverat copia les portraits des duchesses de Bourgogne pour le Musée historique de Louis-Philippe vers 1846.

Philippe II le Hardi

Philippe sans terre, depuis surnommé le Hardy, pour avoir combattu vaillament à la bataille de Poitiers où il fut fort en aydes au Roy son pere, et pour avoir pris la droite sur son frere ainé le duc d’Anjou au sacre de Charles VI son neveu, fut premier duc de Bourgogne de la seconde race. Il épousa l’an 1369 Marguerite fille unique de Louis de Malain comte de Flandres. Il fut vindicatif concussionnaire et avare pour fournir à ses libéralités. Il portait pour le cors de sa devise un P et un M enlassées qui sont les premieres lettres de son nom et de celui de sa femme et pour le mot Il me tarde. Il etoit trop bon mary parce qu’il cedoit par faiblesse aux sentiments de Marguerite. Il fut fondateur des Chartreux de Dijon où il amassoit des sommes immenses. Enfin ce fut un prince fort mesle, mais les vices excederent les vertus.

                        

Marguerite de Bavière

Marguerite de Flandres fille de Louis de Malain fut femme de Philippe le Hardy duc de Bourgogne, fut une belle princesse dépensiere, vindicative, ambitieuse, fit augmenter les tailles et entretint les semences de divisions des Maisons d’Orléans et de Bourgogne. Elle apporta à son mary les comtés de Flandres et d’Artois et de Bourgogne, avec l’esperance de la succession de la duché de Brabant. Elle mourut à Arras en 1426.

Le portrait de Marguerite de Bavière a été inversé avec celui de Marguerite de Flandres.

                        

Jean sans peur

Jean comte de Nevers, fils de Philippe le Hardy duc de Bourgogne, épousa en 1383 Marguerite de Bavière fille du duc Aubert comte de Hainaut, Zelande et Brabant. Il étoit dans sa jeunesse doux, civil, accessible à tous. Lorsqu’en 1396 Sigismond roi de Hongrie envoia demander du secours contre le Turc, le cte de Nevers fut chef de la croisade, mais par les jalousie des principaux seigneurs et la presomption de la jeunesse l’armée croisée, malgré les prodiges de valeur fut defaite à la bataille de Nicopolis, et tout fut tué ou pris avec le cte de Nevers. Et comme Bajazet le voulait faire mourir un necromancien l’en dissuada lui disant qu’il connoissait à la physionomie du comte qu’il seroit cause des grandes guerres entre les chrétiens. En effet la jalousie qui se mit entre le duc d’Orleans frere de Charles VI et le dit Jean de Bourgogne pour le gouvernement du royaume fut cause de grandes divisions dans l’Etat et enfin de l’assasinat du duc d’Orleans par d’Anquetoutonville agent du dit duc de Bourgogne en 1407, mais Charles dauphin vengea dans le suite la mort de son oncle sur le pont de Montereau, et sous pretexte d une entrevue pour s’accomoder avec Jean duc de Bourgogne le fit tuer devant luy par Tanneguy du Chastel en 1419. Le duc Jean prit un rabot pour le cors de sa devise à cause que le duc d’Orleans portait un bâton noueux.

                        

Marguerite de Flandres

Marguerite de Bavière fille d’Aubert de Bavière comte de Hollande et Zelande fut femme de Jean-sans-peur ; elle survecut à son mary et mourut le 23me jour de janvier 1426.

Inversion des portraits avec Marguerite de Flandres.

                        

Philippe III le Bon
Philippe le Bon Duc de Bourgogne, Brabant, Limbourg et Luxembourg comte de Hainaut, Hollande, Zelande, &c. Il fut vaillant, estimé et redoute de ses ennemis, aimé, honoré des nations. Il surpassa en puissance tous ses prédecesseurs et éleva sa Maison au faite de sa grandeur. Il épousa trois femmes : la 1re fut Michelle de France fille de Charles VI ; la 2de fut Bonne, fille de Philippe d’Artois comte d’Eu connetable de France qui fut cause par sa jalousie de la perte de la bataille de Nicopolis (Bonne d’Artois avait épouse en premieres

La fin de l’inscription a été effacée, probablement à l’occasion de restaurations au XIXe siècle. Elle se terminait ainsi, d’après Sarcus :
[…] nopces Philippe de Bourgogne comte de Nevers, oncle de Philippe-le-Bon) ; la troisième fut Isabelle du Portugal ; il célébra à Bruges les nopces où il déploya une magnificence extraordinaire et entre autre institua l’Ordre de la Toison d’Or.

                        

Isabelle de Portugal
Isabelle fille du Roy de Portugal fut troisieme femme de Philippe-le-Bon Duc de Bourgogne, de laquelle il eut Charles-le-Terrible Comte de Charolois au commencement et duc de Bourgogne apres la mort de son pere.

                        

Charles le Téméraire
Charles comte de Charolois d’abord, puis à la mort de son pere Duc de Bourgogne sur nommé le Terrible. Il avoit epousé en 1res nopces Catherine de France morte encore enfant ; il eut Marie de Bourgogne d’Isabelle de Bourbon sa 2de femme et sa cousine germaine, à qui il porta grand et fidele amour. Avant qu’il ne se livrat a tous ses desseins elle l’en voulut dessuader mais il dit je l’ay empris et elle lui repondit Bien en advienne. En 3mes nopces il epousa la sœur du Roy d’Angleterre Edouard IV qui luy survecut et de laquelle il n’eut point d’enfans. Ce fut un prince liberal, appellant de grands hommes auprèe de luy, accessible à tout le monde, justicier, humain, susceptible des premieres impressions opiniatre et dont la valeur demesurée et mal conduite causa la perte. On fit une chanson des trois batailles qu’il perdit qui dit qu’il perdit : « ses biens à Granson, ses gens à Morat, son corps à Nancy. »
Il fut assassiné, dans sa derniere bataille, par la trahison d’un colonel italien de ses trouppes appelé Campobasso.

                        

Isabelle de Bourbon
Isabelle de Bourbon fille de Charles 1er duc de Bourbonnois et d’Agnes de Bourgogne sœur de Philippe-le-Bon, épousa Charles le terrible comte de Charolois son cousin germain du quel elle eut Marie de Bourgogne leur unique heritiere, mariée à l’empereur Maximilien d’Autriche en 1477.

 

Voir : SARCUS (comte de), Notice historique et descriptive sur le château de Bussy-Rabutin, Dijon, 1854.