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UN GENRE D’ÉCRIRE INCONNU |
Louise-Françoise de Rabutin, fille du comte de Bussy, fit inscrire pour l’épitaphe de son père : « Il fut l’auteur d’un genre d’écrire inconnu jusqu’à lui. » Cette formulation, sans doute excessive, a cependant le mérite d’attirer l’attention sur l’originalité et la diversité des ouvrages du gentilhomme bourguignon. Au centre de son œuvre, l’Histoire amoureuse des Gaules, son roman satirique, qui lui valut la célébrité et l’exil. Bussy s’est inspiré de Pétrone mais il innove en mêlant intrigues, portraits, fausses lettres, le tout écrit, dit Antoine Adam, « de la plus subtilement intelligente, de la plus pure des proses que notre littérature ait jamais possédées. » On doit placer ses Mémoires au même niveau d’intérêt. Bussy en a commencé la rédaction pendant son séjour à la Bastille et l’a poursuivie avec soin durant son exil. Répondant sans aucun doute à ses vœux, ses enfants, Louise-Françoise et Amé-Nicolas, les publient en 1696. C’est un témoignage essentiel sur le siècle de Louis XIV, irremplaçable à beaucoup d’égards, et qui témoigne de la « politesse de son esprit » et de la « délicatesse [de ses] pensées », selon termes de son successeur à l’Académie française, l’abbé Bignon. Les enfants de Bussy sont aussi les éditeurs de la suite des Mémoires, quatre volumes de Lettres en 1697 puis trois volumes de Lettres nouvelles en 1709. L’exil en Bourgogne a en effet contraint Bussy à poursuivre ses relations amicales et mondaines par voie épistolaire. Il apportait un soin particulier à écrire ses lettres, à en garder copie, à répondre ponctuellement et à les classer. Sa principale correspondante fut Mme de Sévigné et c’est ainsi grâce à Bussy que sa cousine passa à la postérité. Dès 1694, l’année suivant sa mort, avait paru son Discours à ses enfants sur le bon usage des adversités. Bien que sensiblement édulcoré par ses éditeurs, ce texte inclassable - ouvrage de circonstance, testament moral et page d’histoire - révèle une maîtrise de l’art d’écrire que l’on a quelquefois dénié à Bussy-Rabutin à la fin de sa vie. Il nous a laissé d’autres ouvrages mineurs dont des traductions, parmi lesquelles on trouve les Lettres d’Héloïse et d’Abélard, des Maximes d’amour, une Histoire généalogique, des Chansons, une Histoire en abrégé de Louis-le-Grand etc. Roger de Bussy-Rabutin est l’un des écrivains les plus complets du Grand Siècle et l’un des meilleurs serviteurs d’une langue parvenue à un haut degré de perfection. Il mérite certainement, d’un point de vue littéraire, ce que l’abbé Bignon souhaite que la postérité lui accorde : « une réputation aussi pure que ses talents étaient singuliers ».
Consulter notamment : DUCHÊNE (Jacqueline), Bussy-Rabutin, Fayard, 1992. |