|
L’histoire amoureuse des gaules |
||||
À la suite de la scandaleuse débauche de Pâques 1659 à Roissy, Roger de Rabutin, comte de Bussy, est exilé sur ses terres. Peu après, il rend visite à sa maîtresse, Mme de Montglas, qui relève de maladie à Lyon. Bussy raconte dans ses Mémoires : « Pendant ce séjour, je m’amusai à écrire les amours de Mmes d’Olonne et de Châtillon, par complaisance pour Mme de Montglas, qui m’avait témoigné que cela la divertirait ». De retour en Bourgogne, il met en forme l’Histoire d’Ardélise (la comtesse d’Olonne) et l’Histoire de d’Angélie et de Ginotic (le duc et la duchesse de Châtillon). S’y ajouteront plus tard La Partie de Roisssy, le Portrait de Mme de Cheneville (Mme de Sévigné) et l’Histoire de Bussy et de Bélise (Mme de Montglas), le tout constituant l’Histoire amoureuse des Gaules. Bussy n’entendait pas diffuser ce roman satirique mais le réserver à ses amis pour les distraire et briller par ses talents de plume.
Première (?) édition de l’Histoire amoureuse des Gaules Bien que Bussy s’en soit défendu, d’une manière pas toujours très habile, il paraît maintenant établi qu’il est l’auteur d’un ensemble de textes que nous connaissons sous ce nom d’Histoire amoureuse des Gaules, y compris les Alleluias, parodie scabreuse d’un cantique, qu’il finira par reconnaître. Il a donc menti au roi et mérité, du point de vue du souverain, sa punition. Mais on a souvent commis l’erreur de ne voir dans l’Histoire amoureuse qu’une chronique réaliste de la cour du jeune Louis XIV. Satire, parodie littéraire, nouvelle moraliste, l’ouvrage de Bussy-Rabutin est difficile à saisir. Quelle que soit la véracité ou l’actualité des aventures qu’il a contées, il s’agit d’une œuvre littéraire à part entière, d’un roman novateur à bien des égards.
Bussy-Rabutin joue avec ses lecteurs, et pas seulement à leur révéler/dissimuler l’identité des personnages. Ainsi l’épisode des amours de Trimalet et d’Ardélise a été imité et quelquefois directement traduit du Satiricon de Pétrone. Les honnêtes gens connaissaient naturellement l’œuvre de l’écrivain latin et c’est un signe de connivence que Bussy leur adresse. Il écrit pour les hommes et les femmes du monde auquel il appartient. De surcroît, comme le dit Jacques Prévot : « Bussy a le génie du portrait ». Il suit la mode du portrait littéraire mais s’en affranchit avec beaucoup de liberté. Il a le trait vif, impitoyable. Ceux qui se reconnaissent, comme Mme de Sévigné, se fâchent. Les lecteurs s’en réjouissent. De fait, il invente le portrait romanesque. Édition de 1666 L’Histoire amoureuse des gaules est une œuvre fondatrice du roman français dont on a longtemps mésestimé l’importance dans la formation du genre. Il s’y mêle astucieusement et s’y combine d’une façon originale les éléments du roman traditionnel, de la nouvelle et des jeux littéraires à la mode. Avec une qualité d’écriture moderne que soulignent ses contemporains comme Charles Perrault qui loue Bussy dans son Parallèle des Anciens et des Modernes : « Nous avons parmi nous un auteur de même nature que Pétrone, qui narre avec autant de netteté et plus de politesse que cet arbitre des élégances. » Saint-Évremond reconnaît que « son élocution est pure, et ses expressions naturelles, nobles et concises ». Plus près de nous, Jacques Prévot souligne que « Sa pensée est limpide, acérée, elle est sans recherche affectée, sans un mot de trop ; elle n’a de modèle chez aucun de ceux qui l’ont précédé ». Enfin, pour Jacqueline et Roger Duchêne : « Si Bussy mérite d’être lu, c’est d’abord parce qu’il est un grand écrivain, un des fondateurs méconnus de la prose classique. »
__________ On lira notamment l’édition de l’Histoire amoureuse des Gaules de Jacqueline et Roger DUCHÊNE, avec préface, notes sur le texte et un dossier complet permettant d’approfondir l’œuvre majeure de Bussy-Rabutin (Folio, Gallimard, 1993). Dans son recueil Libertins du XVIIe siècle, tome II (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2004), Jacques PRÉVOT donne également le roman satirique de Bussy avec une notice pénétrante. On consultera aussi avec profit L’Histoire amoureuse des Gaules, satire de cour d’Elizabeth WOODROUGH, numéro spécial de Rabutinages, revue de la Société des amis de Bussy-Rabutin. |