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LES MÉMOIRES |
En 1696, paraissent en deux volumes les Mémoires de Bussy-Rabutin, trois ans après la mort de leur auteur. Sa fille Louise-Françoise et son fils Amé-Nicolas en ont assuré l’édition avec un ami de Bussy, le père Bouhours. Ils respectent la volonté du gentilhomme bourguignon qui souhaitait manifestement que son ouvrage soit publié après sa mort mais ils l’édulcorent et suppriment les passages les plus scandaleux à leurs yeux. Il faudra attendre Ludovic Lalanne qui éditera les Mémoires en 1857 pour que le texte soit à peu près fidèlement restitué d’après le seul manuscrit qui ait été conservé.
Dans ses Mémoires, Roger de Rabutin, comte de Bussy, raconte sa vie depuis sa naissance jusqu’à son exil en Bourgogne en 1666. Pour la suite, ce sont ses Lettres qui conduiront le lecteur pour le reste de son existence. Bussy a commencé la rédaction de son texte lors de son incarcération à la Bastille et l’a poursuivie durant les premières années de son éloignement de la Cour. Comme beaucoup de gentilshommes de son temps, Bussy avait le projet de livrer au public, le moment venu, les souvenirs d’une carrière singulière, éminente à ses yeux, et qui pourrait intéresser ses contemporains. À cet effet, il a pris des notes « dès [sa] plus tendre jeunesse » et a conservé les originaux « des ordres, des lettres, des patentes et des brevets du roi, des lettres de ministres d’État, de généraux d’armées et même de particuliers » qui composeront une histoire de lui-même « si véritable et si particularisée que je pourrais appeler ma confession générale, si je ne disais quelquefois du bien comme du mal. » Bussy insiste d’entrée de jeu sur les deux qualités fondamentales de ses Mémoires : leur véracité, fondée sur des documents authentiques, et leur honnêteté : « Je parlerai moi-même de moi, et je ne ferai pas comme ceux qui, pour avoir prétexte de faire leur panégyrique de leur histoire, l’écrivent sous des noms empruntés : je ne serai ni assez vain, ni assez ridicule pour me louer sans raison ; mais aussi n’aurai-je pas une assez sotte honte pour ne pas dire de moi des choses avantageuses quand ce seront des vérités. » Un examen impartial de l’ouvrage montre que Bussy a plutôt bien rempli son contrat au regard de l’authenticité des faits rapportés quand on les compare à d’autres sources et qu’il ne se donne pas systématiquement le beau rôle, même si la personnalité de l’auteur est envahissante comme dans la plupart des autobiographies. Le cas des batailles est significatif. Bussy raconte ses faits d’armes, plus ou moins glorieux. Les chefs avec qui il ne s’entendait guère, ainsi Turenne dans ses propres Mémoires, peuvent minimiser la portée de ses succès militaires. Mais quand on convoque d’autres témoins, comme l’a fait Jacqueline Duchêne, on ne peut que constater que Bussy a dit vrai. Pour autant, ce n’est pas un livre d’histoire. Bussy n’a d’ailleurs pas prétendu faire œuvre d’historien avec ses Mémoires, seulement« une histoire de moi » dit-il. Avec le souci d’authentifier ses dires, il interrompt la relation des épisodes par des documents officiels ou non. Le fil du récit se brise souvent. Ses narrations des batailles donnent trop dans la technique militaire pour intéresser le non spécialiste. Les Mémoires de Bussy sont cependant une mine d’informations pour l’historien et l’on s’étonne qu’il ne soit pas plus souvent mis à contribution. Insérés dans le quelquefois lourd exposé des événements, les récits de duels sont vivants, les aventures piquantes, les portraits tracés d’une manière incisive, les intrigues amoureuses lestement troussées : Bussy est un conteur et ses Mémoires valent par le talent littéraire de leur auteur qui s’y affirme. Ses pensées sont souvent fines et délicates, comme le montre volontiers le père Bouhours qui le cite plus d’une fois dans l’Art de penser ou dans ses Pensées ingénieuses. Certes, les Mémoires de Bussy n’atteignent pas le niveau de ceux des grands mémorialistes de son siècle, Retz ou Saint-Simon. On ne peut cependant nier l’originalité du regard de ce libertin et galant gentilhomme. Et le talent littéraire de notre exilé est bien réel, celui, dit Lalanne, d’« un charmant raconteur », et ce n’est pas si fréquent parmi les chroniqueurs de son temps. __________
Les Mémoires ne sont pas disponibles en librairie et l’on a pu s’interroger sur l’intérêt de la publication en 1987 du texte de l’édition de 1712, avec toutes ses insuffisances, par J.-C. Lattès. Il reste au lecteur la ressource de consulter en bibliothèque : LALANNE (Ludovic), Mémoires de Roger de Rabutin, comte de Bussy, Paris, Charpentier, 1857, 2 vol. ou, en ligne, sur le site de la BNF le texte de l’édition de 1696 en trois tomes On peut également consulter:
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