AUTRES ŒUVRES

Bussy-Rabutin a laissé des ouvrages importants comme l’Histoire amoureuse des Gaules, les Mémoires, les Lettres et les Discours à ses enfants. Ses autres écrits (1) ne sont pourtant pas négligeables. D’ampleur et d’intérêt variables, ils témoignent tous de la diversité de son talent.

 

La Carte du Pays de Braquerie

Bussy-Rabutin donne dans ses Mémoires une lettre que lui adresse le prince de Conti à la suite de la campagne de Catalogne de 1654 qu’ils avaient menée ensemble : « … lorsque vous aurez fait revue de Braquerie, écrivez-moi la force de ce corps-là, car je ne doute pas qu’il n’augmente tous les jours. » Bussy ajoute : « Par le mot de Braquerie, le prince entendait parler des dames qui étaient galantes et il en parlait comme d’un pays dont il avait même fait une carte. »
Si la carte est de Conti, parodie de la Carte de Tendre que Mlle de Scudéry venait juste de publier dans sa Clélie, la revue de Braquerie a été écrite par Bussy et Conti espère qu’il continuera à développer son sujet. Pour C. Rouben, c’est une contre-réaction aux excès précieux et à ceux de la littérature héroïque. Dans le pays des Braques, il y a notamment des Cornutes, ceux qui ont des cornes, et chaque dame figure une ville ou une place forte. On y trouve déjà, parmi d’autres, les futures héroïnes de l’Histoire amoureuse des Gaules, comme Châtillon (du nom de la duchesse) où les peuples aiment l’argent ou Olonne (la comtesse) qui n’est « qu’un chemin fort passant » où il faut payer de sa personne ou de sa bourse. L’œuvre gaillarde et médisante, qui circule en manuscrit avant d’être imprimée en 1668, est un jeu de devinettes plutôt facile. Elle distrait la cour et la ville par ses sous-entendus galants.

La Carte du Pays de Braquerie a été initialement imprimée sous le titre de Carte géographique de la Cour et autres galanteries de Rabutin à Cologne chez Pierre Marteau en 1668. On la trouve en ligne sur le site de la BNF :
http://gallica.bnf.fr/

Elle est souvent imprimée à la suite de l’Histoire amoureuse des Gaules, mais pas dans les éditions les plus récentes. On pourra consulter celle de Georges Mongrédien, Garnier, Paris, 1930, t. I, pp. 203-213.

À lire également :
DUCHÊNE (Jacqueline), Bussy-Rabutin, Fayard, Paris, 1992, pp. 117-119.
ROUBEN (C.), Histoire et géographie galante au Grand Siècle, in XVIIe siècle, n° 93, 1971, pp. 55-73.
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Le Livre d’heures et les almanach d’amour

Boileau dans sa satire VIII parue en 1668 écrit :
« Moi ? J’irais épouser une femme coquette ?
J’irais, par ma constance aux affronts endurci,
Me mettre au rang des saints qu’a célébrés Bussy ? »
Il semble que par « saints » Boileau entend les maris trompés que Bussy a mis « dans son histoire galante [et qui ] raconte beaucoup de galanteries très criminelles de la cour. » Il s’agirait simplement d’une allusion à l’Histoire amoureuse des Gaules. Mais Brossette, éditeur de Boileau au début du XVIIIe siècle, cite un petit Livre d’heures de Bussy. Il explique que : « au lieu des images que l’on met dans les livres de prières, étaient des portraits en miniature de quelques hommes de la cour dont les femmes étaient soupçonnées de galanterie. [… Bussy] avait mis au bas de chaque portrait un petit discours en forme d’oraison ou de prière accommodée au sujet. » Gérard-Gailly pense que le livre d’heures, intitulé Prières, a été composé en 1674, sans fournir beaucoup de précisions, et qu’il serait plus anodin qu’on ne l’a dit. On en aurait perdu la trace.

Quant aux almanachs d’amour, ce sont des parodies galantes des prédictions que faisaient des ‘voyants’ pour l’année à venir. Bussy reconnaît en avoir composé : « pour moi qui me suis mêlé autrefois de faire des almanachs d’amour… » dit-il à la comtesse de Fiesque en 1667. Claude Rouben en a identifié deux dans un recueil de Charles de Sercy et à la suite des poésies de Mme de la Suze.

Voir notamment :
ROUBEN (C.), Histoire et géographie galante au Grand Siècle, in XVIIe siècle, n° 93, 1971, pp.56-57.
GÉRARD-GAILLY (E.), Bussy-Rabutin, sa vie, ses œuvres et ses amies, Champion, Paris, 1909, pp. 330-334.
BOILEAU, Œuvres, Édition de G. Mongrédien, Paris, Garnier Frères, sd, p. 50.
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Les Maximes d’amour

Les « questions d’amour » sont un jeu à la mode au milieu du siècle, qui donnent lieu à des exercices littéraires, mais c’est aussi un témoignage de l’évolution des mœurs vers plus de politesse et d’honnêteté. Bussy se veut expert en galanterie et il aime tenir la plume. Il va donc composer des « questions d’amour » de sa façon qui circuleront en manuscrit et dont une première série sera imprimée par Sercy en 1658. Il en écrira d’autres qui constitueront, au total, le recueil le plus important de l’époque. On aurait pu s’attendre à une nouvelle parodie de ce qu’écrivait, par exemple, Mlle de Scudéry dans sa Clélie. Il n’en est rien. Les Maximes d’amour de Bussy sont une sorte de manuel du parfait amant, en gardant à ce terme l’ambiguïté qu’il pouvait avoir à l’époque. C’est un grand changement pour l’historien de la France galante, l’auteur de l’Histoire amoureuse des Gaules et de la Carte du Pays de Braquerie qui devient, selon l’expression de C. Rouben, un distingué législateur de l’amour. La première partie des Maximes s’intitule De l’amour qui espère et peut contenter les plus délicats. Mais à l’encontre des Précieux, Bussy ne se limite pas aux soupirs. La seconde partie, De l’amour qui jouit, il considère le « solide », l’accomplissement, et pas seulement l’espérance :
« Car pour aimer sans espérance,
Personne ne l’a jamais fait. »
Les Maximes sont en vers et s’adressent souvent aux femmes, sans détour, ce qui est nouveau, mais avec élégance. Elles peuvent être pleines de fines observations amoureuses :
« Sitôt qu’on se voit, le cœur dit que l’on s’aime,
Et on le croit au premier mot. »
De délicatesse galante :
« Mais pour moi je n’aime ton corps
Qu’autant que ton cœur me le donne. »
Ou de la passion excessive telle que l’entend Bussy :
« Quand on n’aime pas trop, on n’aime pas assez. »

En 1664 le Roi, qui a entendu parler des Maximes et qui souhaite les connaître, les demande par l’intermédiaire de son frère. Bussy se propose de les lire lui-même. Mais Louis préfère en profiter seul avec Mlle de La Vallière. Monsieur, en revanche, organise une lecture privée en compagnie de Mme de Montespan et de Mme de Montausier au cours de laquelle Bussy pose la question, laisse ses auditeurs proposer une réponse avant de livrer la sienne. La jeune marquise de Montespan a bien de l’esprit et une finesse galante qui promet… Roger de Rabutin est comblé de ces faveurs insignes et de la reconnaissance qu’elles lui procurent.
Comme en écho, avec d’autres scènes galantes, il fera peindre des Maximes dans son salon doré du château de Bussy. C’est dire l’importance qu’il leur accorde.

Il n’est pas le seul à se livrer à ce jeu. On trouve parmi les auteurs de Questions ou de Maximes Quinault, Pellisson, les deux Corneille… Bussy n’a pas à rougir de la comparaison. Au-delà de leur intérêt historique, les Maximes ont un tour délicat, un style élégant et une finesse psychologique qui les rendent encore aujourd’hui d’une lecture fort agréable.

 

Une première série des Maximes d’amour a été donnée dans le Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps par Charles de Sercy, Paris, 1658, t. V, pp. 387-406. Elle a été augmentée en 1669 pour un total de cent cinquante-sept Maximes reproduites par Ludovic LALANNE dans les Mémoires, Charpentier, Paris, 1857, t. II, pp. 160-202. Les Maximes d’amour ont été également données à la suite de l’Histoire amoureuse des Gaules, édition de Georges MONGRÉDIEN, Garnier, Paris, 1930, t. I, pp. 149-189 et, plus récemment par J. LAFOND in Les Moralistes du XVIIe siècle, collection Bouquins, Paris, Laffont, 1992, pp. 39-48.

On consultera également :
DUCHÊNE (Jacqueline), Bussy-Rabutin, Fayard, Paris, 1992, pp. 169-174.
ROUBEN (C.), Un jeu de société au Grand Siècle, in XVIIe siècle n° 97.
ROUBEN (C.), Histoire et géographie galante au Grand Siècle, in XVIIe siècle, n° 93, 1971, pp. 55-73.
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Les Chansons

On trouve dans l’œuvre de Bussy des textes destinés à être chantés ou, du moins, écrits sous la forme de chansons. La pratique est courante à son époque comme en témoigne, par exemple, le fameux Recueil Maurepas. Tallemant des Réaux, de son côté, en a réuni de nombreuses. La chanson est une forme orale qui n’est pas destinée à être publiée. Elle est courte, versifiée de façon rapide, avec des formules figées en refrain. Son air permet de l’apprendre facilement, de la reconnaître et de la transmettre. Mme de Sévigné insère naturellement dans ses lettres des vers qui proviennent de chansons ou d’opéras en vogue. Bussy fait de même et leurs échanges constituent une part de ce qu’on appelle le rabutinage.

Bussy compose des chansons élaborées sur des principes communs où dominent le mot d’esprit, l’allusion, le double sens. Comme le constate Vincenette Maigne : « toutes contiennent des références implicites qui en font le sel et le piquant, voire des expressions antiphrastiques ou des métaphores osées. » Elles peuvent être élaborées entre amis au cours de réunions chaleureuses et bien arrosées comme Bussy le raconte dans son Histoire amoureuse des Gaules à propos des célèbres Alléluias qui furent composés lors de la débauche de Roissy : « … le signal [étant] donné pour le mépris de choses d’ici-bas, les bons amis commencèrent le cantique qui s’ensuit. » Bussy composera ultérieurement d’autres Alléluias, moins scandaleux, notamment sur les Évêchés.

Mais les Chansons naissent plus ordinairement dans les conversations mondaines ou sont destinées à les alimenter. Elles partent souvent de l’actualité et brocardent des personnes connues du cercle d’amis où on entend les donner. Par exemple, Bussy aime chansonner Turenne et ses aventures militaires. Lors d’un séjour à Saint-Fargeau, il compose une Sarabande sur l’air de la Bergère Célimène avec Mademoiselle, duchesse de Montpensier, qui elle aussi a quelques raisons de s’en prendre au Maréchal. Après avoir énuméré ses défaites, la Sarabande conclut :
« Il fait cas de la victoire
Aussi peu que d’un fétu.
Et prétend nous faire croire
Que tout cède à sa vertu,
Et qu’on acquiert de la gloire
À force d’être battu. »

Les dames de la Cour et, surtout, celles qui sont connues pour leur galanterie font les frais des Chansons. Leurs travers physiques, leur esprit, leur comportement ou leurs amants sont dénoncés. Quelques exemples :
« Comme une relique,
La Choiseul est publique. »

« Si la bécasse Soissons
En eût valu la peine… »

« Plessis d’esprit aigre
Et de corsage maigre »

Une des cibles favorites de Bussy est Mme de la Baume qui l’a trahi en divulguant l’Histoire amoureuse des Gaules. Il ne l’épargne en aucun domaine, et la dépeint maigre, infidèle, insatiable… :
« D’un feu qu’on ne peut éteindre
La Baume brûle, et pour son tourment
Il faut plus d’un amant. »

« Je ne comprends pas comment,
La Baume trouve un amant.
N’aimer rien que la finance,
Avoir les tétons pendants,
N’avoir point de contenance,
Marcher les pieds en dedans
Devrait rebuter les gens. »

Bussy imagine bien qu’on ne l’applaudira pas unanimement pour ces petites pièces versifiées : « Je ne doute pas qu’il y ait des gens qui disent, en voyant ces bagatelles, que c’était un amusement indigne d’un homme de guerre et d’un homme au poste où j’étais » dit-il à la suite de son récit de la lecture des Maximes à Monsieur. A fortiori pour les chansons. D’une certaine manière, quelques années après, le père Bouhours justifie cet ‘amusement’ : « Notre bel esprit n’est pas borné aux hommes de Lettres : il s’étend aux gens d’épée, et aux personnes de la première qualité. » Les Chansons représentent néanmoins une limite et leur médiocre qualité littéraire n’est guère contestable. En revanche, comme le dit pertinemment Vincenette Maigne : « Aux antipodes de toute lourdeur et de tout pédantisme, ces textes sont avant tout une manière d’être en société, dans la bonne société […] Au cœur de la polygraphie de Bussy, la chanson est ce qui représente de la façon la plus essentielle la manière d’être au monde, la mondanité aristocratique de son époque. »

 

On consultera à la fois les Chansons, telles qu’elles figurent dans un manuscrit autographe de Bussy conservé à la bibliothèque de Chantilly et l’étude particulièrement nouvelle et pénétrante de Vincenette Maigne dans Dits et Inédits, Éditions de l’Armançon, 1993.
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Les Portraits

Les portraits sont également un jeu mondain à la mode au milieu du XVIIe siècle. Bussy a participé, dans l’entourage de Mlle de Montpensier, à ceux qui seront réunis sous le titre de Divers Portraits. Mademoiselle est créditée de seize portraits. Jacqueline Plantié en attribue deux à Bussy, celui de Mme de Fiesque (Amarillis) et celui de Mme de Montglas (Aminte) On les retrouve, parmi d’autres, dans l’Histoire amoureuse des Gaules où le talent de Bussy se révèle pleinement. Celui qu’il a fait de sa cousine de Sévigné est sans doute le plus joli et le plus perfide. « Est-il utile d’ajouter que nous avons là le plus mondain des portraits ? » s’interroge Jacqueline Plantié qui ajoute : « il cherche surtout à ne pas perdre l’occasion d’un bon mot. » Elle souligne les vrais mérites de Bussy portraitiste et la finesse ironique de son regard sur ses contemporains. Sa cousine, sérieusement fâchée, n’a guère apprécié la charge et elle lui reprochera toujours ce qu’elle considère comme une trahison.

Bussy a également inséré des portraits dans ses Mémoires. Ils concernent principalement Conti, Mazarin et Turenne. Bussy les insère dans son récit ce qui lui donne une dimension humaine :« Comme ce maréchal est un acteur considérable dans mes Mémoires, il me semble à propos d’en faire ici un fidèle portrait. » L’effort pour mettre en balance les bonnes qualités et les défauts de son modèle est visible, mais Bussy n’est jamais meilleur que quand il lance une pique. Son art du portrait est, en particulier dans Histoire amoureuse des Gaules, celui d’un moraliste dont l’ironie donne une sorte de grâce légère à nulle autre pareille.

 

On trouve à la BNF :
La Galerie des portraits de Mlle de Montpensier. Recueil des portraits et éloges en vers et en prose des seigneurs et dames les plus illustres de France, la plupart composés par eux-mêmes... Nouvelle édition, avec des notes, par M. Édouard de Barthélemy (1860).
On consultera :
PLANTIÉ (Jacqueline), La mode du portrait littéraire en France dans la société mondaine (1641-1681), Paris, H. Champion, 1994.
PRÉVOT (Jacques), L’art du portrait chez Bussy-Rabutin, in Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-février 1969.
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Les traductions

Dans ses Mémoires, Bussy raconte qu’en 1664, heureux à tous égards, il ne regrette que la facilité avec laquelle le mari de sa maîtresse, Mme de Montglas, s’accommode de leur liaison : « J’avais affaire à un mari si facile, qu’il me paraissait que j’étais moi-même le mari de sa femme ; et dans cette pensée, je m’amusai à traduire cette élégie d’Ovide :
Si tibi non opus est servatâ, stulte, puellà,
At mihi fac serves, quo magis ipse velim.
Si tu n’es pas jaloux pour ton propre intérêt,
Sois-le au moins, s’il te plaît,
Pour augmenter dans mon âme
L’amour que j’ai pour ta femme… »

Il s’agit, de fait, plus d’une interprétation du texte d’Ovide mise en français que d’une traduction. Bussy a manifestement le goût, acquis au collège, de la lecture des textes latins dont il s’inspire pour donner sa propre version. Il se confie ainsi à l’un des ses correspondants en 1686 : « Pour moi qui estime infiniment Martial, Ovide, Catulle, Tibulle et Properce, je les redresse quand je les traduis, aux endroits où je les trouve faux… » D’une certaine manière, Bussy est deux fois le successeur de Perrot d’Ablancourt dont il a hérité du fauteuil à l’Académie française et qu’il suit largement pour ses traductions nommées les belles infidèles. La fidélité par rapport au texte original n’est pas un problème pour Bussy comme pour nombre de ses contemporains. L’œuvre du Moderne s’inspire de celle de l’Ancien mais elle se doit de la ‘dépasser’, de la rendre conforme à la bienséance mondaine. Elle est jugée bonne si les cercles des lecteurs à qui elle s’adresse l’apprécient. Et c’est la qualité littéraire de la version française qui prime sur tout.

Ovide intéresse Bussy depuis longtemps. Il s’était consolé d’une déception amoureuse en 1643 grâce à ses Remèdes d’amour. Il s’en emparera après l’exil, comme il l’indique en 1668 à Mme de Sévigné : « Cependant je vous envoie une imitation des Remèdes d’amour d’Ovide, qui ne vous déplaira pas. Il faut bien s’amuser. » On trouve le texte inséré dans la première édition des Lettres probablement grâce à la fille de Bussy, Louise-Françoise de Coligny. Il confiera à sa cousine en 1671 ses nouveaux travaux : « Je me suis amusé à traduire des Épîtres d’Ovide. Je vous envoie celle de Pâris à Hélène, et la réponse. Qu’en dites-vous ? »

Mme de Sévigné n’est pas la seule à bénéficier de ses traductions. C’est, par exemple, un des sujets de sa correspondance avec le père Bouhours, qui se livre lui aussi à l’exercice, à qui il demande avis et dont il approuve ou conteste les interprétations. À la fin de sa vie, alors qu’on représente souvent la conversion de Bussy comme une sorte de reniement, il continue à donner des traductions d’œuvres comme Larissa, conte épicurien et galant de Théophile de Viau, dont la morale est fort éloignée de celle des dévots.

Bussy s’est également attaché à la traduction des Lettres d’Héloïse et d’Abélard, la première du genre, ou peu s’en faut. Il l’annonce à sa cousine de Sévigné en 1687, à qui il demande son sentiment sur son nouvel « amusement ». Il est probable que ces Lettres circuleront en manuscrit avant d’être publiées dans la première édition de la correspondance de Bussy et souvent reprises. Jugées « excellentes », et même exemplaires puisque Malherbe les a insérées dans sa grammaire française, elles seront reproduites, voire mises en vers par ses admirateurs jusqu’au XIXe siècle.

L’intérêt constant de Bussy pour les traductions ou plutôt pour un travail d’écriture sur des textes latins ne doit pas surprendre. Quel que soit le caractère laborieux et sans doute ingrat de l’exercice, Bussy, bon lettré, s’y emploie volontiers. Comme on ne saurait traduire sans examiner attentivement l’ouvrage original et en critiquer les idées et les tours, Bussy trouve là l’occasion d’exercer ses qualités de critique. Et puisqu’il s’affranchit de la lettre des originaux, il fait véritablement œuvre de création littéraire, à partir de ce que Claude Rouben appelle « une esthétique de la traduction ». Il s’affirme, une nouvelle fois, comme largement novateur.

 

Il n’y a pas d’édition moderne des traductions. Il faudra recourir à la première édition des Lettres de 1697, en particulier :
Tome I, p. 20 (Les Remèdes contre l’amour d’Ovide), p. 77 (Épître de Pâris à Hélène d’Ovide), p. 243 (Histoire de la Matrone d’Éphèse de Pétrone), p. 379 (Épigrammes choisies de Martial), p. 402 (Épigrammes choisies de Catulle).
Tome II, p. 136 (Lettres d’Héloïse et d’Abélard), p. 314 (Larissa de Théophile de Viau). On trouvera également les Lettres et épîtres amoureuses d’Héloïse et d’Abeilard chez Bertrand-Pottier, Paris,1805. Un ‘bibliophile inconnu’ a donné les Épigrammes inédites traduites ou imitées de Martial dans la collection Varia-Curiosa, E. Sausot et Cie, Paris, 1904.

On consultera notamment :
DUCHÊNE (Jacqueline), Bussy-Rabutin, Fayard, Paris, 1992.
ROUBEN (C.), Bussy-Rabutin épistolier, Nizet, Paris, 1974.
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L’Histoire en abrégé de Louis-le-Grand

L’Histoire en abrégé de Louis le Grand, quatorziesme du nom, roi de France, par le comte de Bussy-Rabutin, adressée à ses enfants, a été publiée chez F. et P. Delaulne, à Paris en 1699. Le texte imprimé diffère sensiblement du manuscrit d’où cette Histoire a été tirée. Le manuscrit autographe est conservé à la Bibliothèque nationale de France (n.a.f. 4208) sous le titre de Discours du comte de Bussy a sa famille sur le bon usage des prosperités. On se reportera, pour plus de détails, à la page Les Discours de Bussy-Rabutin à ses enfants.
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L’Histoire généalogique de la maison de Rabutin

En 1670, Bussy apprend à Mme de Sévigné qu’il se livre à une nouvelle occupation : « Un de mes amusements, c’est de recueillir tout ce que je puis trouver de nos pères, et d’en faire une petite histoire généalogique qui ne vous déplaira pas. » Il y travaille longuement et ne l’envoie à sa cousine, représentant la branche aînée des Rabutin, qu’en 1685 avec une lettre dans laquelle il précise son dessein. Elle en accuse réception et, si elle regrette quelques lacunes relatives à son fils, elle n’en complimente pas moins chaleureusement Bussy : « En vérité, mon cher cousin, cela est fort beau. Il y a un air de vérité qui fait plaisir. » L’authenticité de la généalogie est d’importance à une époque où le roi faisait vérifier, surtout pour des raisons fiscales, les titres de noblesse. Elle ajoute : « C’est une histoire en abrégé qui pourrait plaire même à ceux qui n’y ont point d’intérêt. Pour moi, je vous avoue que j’en suis charmée, et touchée d’une véritable joie […] Enfin, je ne puis assez vous remercier de cette peine que vous avez prise… » Mais à sa fille elle donne plus franchement son sentiment : « … j’ai lu avec plaisir l’histoire de notre vieille chevalerie. Si Bussy avait parlé un peu moins de lui et de son héroïne de fille, le reste étant vrai, on peut le trouver assez bon pour être jeté dans un fond de cabinet. » On dirait aujourd’hui : « assez bon pour être mis au fond d’un tiroir. » Mme de Sévigné, injuste au demeurant car Bussy ne donne pas une place privilégiée à Louise-Françoise, critique ainsi plus la présomption de son cousin que son travail qu’elle apprécie.

Bussy est manifestement soucieux d’honorer sa famille et d’en garder le souvenir, ne serait-ce que pour le transmettre à ses enfants, comme le montre la galerie des portraits qu’il fait réaliser dans son château (voir Portraits de famille). Il est fier de sa lignée : « La première personne qui se présente, c’est un fort grand seigneur, il y a plus de cinq cents ans, des plus considérables de son pays, dont nous trouvons la suite jusqu’à nous. » L’éloge de ses ancêtres lui permet de se valoriser sans le dire et d’apparaître, comme il le montre dans une devise peinte dans sa demeure Altus ab origine alta, Haut par sa haute origine (voir Devises et emblèmes).

L’Histoire généalogique est un ouvrage étonnant, plein de récit épiques où Bussy se plaît à mettre en scène ses ancêtres et à raconter de anecdotes relatives à leur vie. Son talent en a fait une œuvre souvent vivante, au caractère littéraire marqué, bien éloignée des travaux que les généalogistes d’alors rédigeaient pour justifier la noblesse de leurs clients.

Le manuscrit autographe se trouve à la Bibliothèque de l’Arsenal (n° 376). Il y en a plusieurs copies dont une à la Bibliothèque municipale de Dijon (MS 818). Henri Beaune a publié l’Histoire généalogique de la maison de Rabutin, précédée d’une lettre à Mme de Sévigné, à Dijon chez E. Rabutot, en 1866.

La généalogie des Rabutin est présentée sous la rubrique Généalogie rabutine.
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(1) Il n’est pas possible d’en donner une liste complète. Les attributions, en particulier pour les pièces galantes, peuvent être incertaines.