DISCOURS DE BUSSY-RABUTIN À L’ACADÉMIE FRANÇAISE

 

DISCOURS

Prononcé en Janvier 1665.

PAR M. LE COMTE DE BUSSY RABUTIN,

Lieutenant Général des Armées du Roy, et Mestre de Camp Général de la Cavalerie Françoise et Etrangère, lorsqu'il fut reçu à la place de M. Perrot d'Ablancourt.

 

MESSIEURS,

Si j'étais à la tête de la cavalerie, et que je fusse obligé de lui parler pour la mener au combat, la croyance où je serais qu'elle aurait quelque respect pour moi, et que de tous ceux qui m'écouteraient, il n'y en aurait peut-être guère de plus habile, me le ferait faire sans être fort embarrassé. Mais ayant à parler devant la plus célèbre assemblée de l'Europe et la plus éclairée, je vous avoue, Messieurs, que je me trouve un peu étonné ; et que si quelque chose me rassure, c'est que je crois que vous êtes trop justes pour ne pas excuser les fautes d'un homme, lequel a fait toute sa vie un métier véritablement qui donne de la réputation, mais qui d'ordinaire ne donne guère de politesse. C'est dans cette confiance, Messieurs, que je viens vous rendre mille grâces de l'honneur que vous m'avez fait, de me recevoir dans une compagnie qui a un protecteur aussi illustre et d'un mérite aussi extraordinaire que celui qu'elle a, et de me donner moyen par les connaissances que je pourrai acquérir avec vous, de me rendre digne de bien servir le plus grand roi du monde. Je sais bien, Messieurs, qu'il aime préférablement à toutes choses les actions où il y a du courage ; mais je sais bien aussi qu'il estime fort les choses où il y a de l'esprit ; qu'il s'y connaît mieux qu'homme de son royaume, et qu'il fait cas enfin des habiles gens aussi bien que des braves. Pour moi, Messieurs, après avoir fait jusques ici tout ce que j'ai pu pour mériter par la guerre l'estime de Sa Majesté, en attendant les occasions de recommencer, j'essaierai avec vous de me rendre capable d'autres emplois, qui pour être moins brillants, ne laissent pas d'être aussi utiles à notre maître. Cette espérance, Messieurs, me flatte si fort que je vous proteste que personne ne recevra jamais avec plus de reconnaissance que moi l'honneur que vous me faites aujourd'hui et qu'on ne peut être plus que je suis, votre etc.

 

Recueil des Harangues prononcées par Messieurs de l’Académie françoise dans leurs réceptions, Paris, J.B. Coignard, 1698, p. 92-93.

__________

 

REMERCIMENT

Prononcé en Avril 1682

dans l'Académie française

par Monsieur le Comte de Bussy

 

MESSIEURS,

Quoique je sache bien que le Compliment dont vous m'avez honoré, est une suite de la grâce que j'ai reçue du Roi, je ne laisse pas de vous en être extrêmement obligé, parce que je sais que vous ne feriez pas cet honneur à tous ceux de votre corps qui sortiraient de disgrâce. Soyez donc persuadés, s'il vous plaît, Messieurs, que je sens cette distinction comme je dois et qu'il n'y a rien dans mon cœur au-dessus de l'obligation que je vous ai, que la reconnaissance du retour à la miséricorde de Sa Majesté sur mon sujet. Ce serait ici un bel endroit, Messieurs, pour vous parler de ce grand Roi dont les ennemis mêmes parlent avec éloge ; mais dix-sept ans d'absence de l'Académie m'ont fait perdre les dispositions que je pouvais avoir à ces beaux tours et à ces nobles expressions qu'on apprend si bien avec vous, et qui sont si nécessaires pour traiter un aussi grand sujet que celui-là. Je n'ai pas oublié d'admirer et si je l'ose dire, d'aimer le plus grand Roi du monde : mais j'ai oublié la manière de le dire comme il le mérite. Vous me l'apprendrez, Messieurs, et cependant je vous assurerai qu'on ne peut être avec plus de vérité que je le suis etc.

 

Recueil des Harangues prononcées par Messieurs de l’Académie françoise dans leurs réceptions, Paris, J.B. Coignard, 1698, p. 376.