Henri & Marcelle Vincent

 

Marcelle est née le 21 septembre 1902 à Mâcon dans une famille nombreuse, pauvre et digne. Sa maman, Jeanne, est la fille d’Auguste Louis Girard et d’Anne Sancelot qui ont tenu dans la ville une pâtisserie-confiserie renommée. Jeanne Girard a eu deux enfants d’un premier lit, Antonin, surnommé Adrien, qui disparaîtra en 1916 dans la Somme à la tête de ses tirailleurs et Marthe. Elle a ensuite épousé Philibert Charvet, un brave homme, caviste chez un négociant en vin, pompier et sonneur de cor de chasse dont les parents étaient agriculteurs à Hurigny. Elle lui donnera Francis, dit Eugène, André et Louis, les frères de Marcelle. Jeanne mourra épuisée en 1922 à quarante neuf ans.

Henri, né le 22 octobre 1903, est confié à Marie Philippon domiciliée à la station du chemin de fer de Parnay, près de Dun-sur-Auron (Cher). Son époux, Joseph Tarot, âgé de quarante-quatre ans, est employé à la compagnie des chemins de fer économiques. Ils ont un fils, Octave, qui sera tué au cours des combats des Hauts-de-Meuse en 1914. Henri passe une enfance heureuse à Mareuil-sur-Arnon (Cher). Jeune vigneron à Sancerre, il s’engage dans la Marine, apprend la radio-télégraphie, mais doit être débarqué pour raisons de santé. Il fait son service militaire à Mâcon et rencontre Marcelle.

Marcelle, qui a une fille d’un premier mariage, Lucienne, tient le ménage de son père devenu veuf et s’occupe aussi de ses frères. Elle épouse Henri en 1927. Ils ont une fille, Renée. Henri travaille d’abord à l’usine puis entre aux Postes, Télégraphe et Téléphone. Il fait son stage professionnel à Paris où Marcelle, Lucienne et Renée le suivent. Philibert Charvet meurt le 1er mai 1929. Henri est nommé à Bergues (Nord). Les Vincent s’y installent avant de rejoindre Dijon en 1932 où Henri a été muté. Ils habitent bientôt le quartier de Montchapet, dans une petite maison de ville qu’ils ne quitteront plus.

La guerre les sépare. Henri est mobilisé. Sa conduite pendant les hostilités lui vaut la croix de guerre. Marcelle et ses filles sont évacuées dans le Midi où Lucienne rencontre son futur mari. La famille se retrouve, sans drame. Daniel-Henri naît en 1942. Après la guerre, Henri poursuivra sa carrière aux PTT et l’achèvera en qualité de technicien supérieur des télécommunications. Mais Henri ne saurait s’arrêter de travailler. Dès la retraite, il reprend une activité qui gardera jusqu’en 1975.
Henri est un homme solide, courageux, bon et sensible. L’émotion peut lui amener les larmes aux yeux. Affectueux. Il aime sa femme, ses enfants, ses petits-enfants, sa famille en général, ses amis, ses collègues. Trop ? Peut-on trop aimer ? Généreux, dévoué. Henri serait-il parfait, ou presque ? Non, évidemment. Et son épouse ne manque pas de souligner ses défauts, gentiment.

Marcelle est petite, vive, toujours occupée. Elle a été jolie dans sa jeunesse et reste avenante dans l’âge mûr. Son visage, mobile, est harmonieux. Elle sourit souvent, mais ses yeux marron peuvent rester durs. On sent chez elle une réserve que rien ne vient entamer. Elle est coquette, par goût, et pour garder le plus longtemps possible l’apparence d’une femme jeune, ne pas faire « vieille maman » pour son fils Daniel qu’elle a eu à près de quarante ans. Son aspect longtemps juvénile tient aussi à ce que sa silhouette ne s’est pas empâtée avec l’âge. Elle marche rapidement, à petits pas serrés : elle « trotte ».
Elle est autoritaire, décide, tranche. Elle a le don de la répartie et sait retourner une situation à son profit pour garder le dernier mot. La propreté de sa maison est une préoccupation constante de Marcelle. Elle récure, époussette, chasse les ch’nis jusque sous les lits, frotte et brique. C’est aussi une cuisinière qui excelle dans la préparation des plats de pauvres et dans la valorisation des restes.

Henri et Marcelle tiennent aux liens de famille et pratiquent volontiers l’amitié. Après leurs enfants, ils donnent toute leur tendresse à leurs petits-enfants, Jean-Marc, Évelyne, Patrick, Didier, Yann et Gwenaële. Avec une nuance de sévérité pour Marcelle qui insiste sur les vertus d’une stricte éducation mais qu’adoucit l’indulgence bonhomme d’Henri.
Marcelle est toujours restée proche de sa famille de Mâcon, en particulier de sa sœur Marthe. Henri retrouve régulièrement ses cousins du Berry. Ils sont inséparables des beaux-parents de Lucienne, Jean et Marguerite Janin. Ils fréquentent leurs amis, les Bonnard, Largillière, Vernois, Pauchard… Ils ne sont pas casaniers et voyagent à chaque occasion à Loches chez des cousins, à La Rochelle et à l’île de Ré où ils louent une petite maison, plus tard dans le Roussillon, un peu partout en France et à l’étranger…

Henri ne peut être inactif. Son jardin potager, le bricolage et la lecture ne suffisent pas à satisfaire sa grande vitalité. Après sa seconde retraite, à 72 ans, il continue à aider des artisans de sa connaissance. C’est un septuagénaire gaillard, à la force physique largement conservée et dont il est fier. Très rapidement cependant, après une banale intervention, une septicémie mal diagnostiquée l’emporte le 3 janvier 1979. Il part sous la neige, par un froid vif.

Marcelle porte le deuil d’Henri sur elle et en elle. Elle est certes contente quand ses enfants viennent la voir ou l’invitent à passer le dimanche avec eux. Mais elle est toujours un peu absente. Il y a comme une place vide à ses côtés. Sa mémoire lui fait défaut mais son esprit vif n’a pas totalement disparu. Quelquefois on la retrouve telle qu’elle était, gaie, mordante, moqueuse. Son cœur fatigué la trahit. Elle quitte ce monde à 84 ans, le 3 décembre 1986. Marcelle rejoint enfin son Henri. Ils reposent tous deux, avec le grand-père Tarot, au cimetière de Dijon.

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Henri et Marcelle, tels qu’en eux-mêmes…

 

… notre souvenir les garde.

 

Pour la famille et les amis, Daniel-Henri VINCENT a publié en 2003 un livre d’hommage à ses parents sous le titre Henri et Marcelle, une vie. Il peut être consulté après de l’APA, La Grenette – 10 rue Amédée Bonnet – F-01500 Ambérieu-en-Bugey – grenette@wanadoo.fr
Site : http://sitapa.free.fr