JEAN-LOUIS GAND / JOSEPH SAMSON

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Je remercie Jean-Louis Gand d’avoir bien voulu consacrer un peu de son temps à notre Académie. Je suis particulièrement heureux de l’accueillir pour trois raisons. La première, personnelle et sur laquelle je ne m’étendrai pas, relève du plaisir que j’ai à le retrouver. La seconde concerne l’éminente personnalité dijonnaise qu’est Jean-Louis Gand. La troisième tient au sujet passionnant qu’il traitera devant nous.

Ce serait faire injure à Jean-Louis Gand lui-même et aux membres de l’Académie que de le présenter. Avec comme seule intention de rafraîchir les mémoires, je rappellerai que Jean-Louis Gand, né à Dijon, a fait des études de lettres classiques avant de se tourner résolument vers la musique. Il fréquente le Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il obtient le prix de composition dans la classe de Tony Aubin. Jean-Louis Gand prend en 1981 la direction du Conservatoire national de région de Dijon. À côté de ses responsabilités d’enseignant et de chef d’établissement, mais dans une même démarche au service de la musique, Jean-Louis Gand compose, en particulier pendant ses vacances qu’il passe volontiers en Italie. Cette Terre des arts, bénie des dieux, lui est source et cadre d’inspiration.

Jean-Louis Gand compose d’abord des œuvres vocales sacrées ce qui ne doit pas étonner de la part de celui qui fut, dans son enfance et son adolescence, à la Maîtrise de Dijon sous la direction de Joseph Samson. Jean-Louis Gand dirige d’ailleurs l’ensemble vocal qui porte le nom de l’illustre maître de chapelle dont nous célébrons cette année le cinquantième anniversaire de la disparition. Peut-être n’est-il pas déplacé que je rappelle en quelques mots qui était Joseph Samson, d’après l’article de Guy Leclercq tiré de l’ouvrage que notre Compagnie a consacré à Dijon et à la Côte-d’Or.

Joseph Samson naquit en 1888. Il reçut l’enseignement de maîtres prestigieux comme Widor ou Vincent d’Indy. Il fut à la fois maître de chapelle, écrivain et compositeur. En 1930 il prit la direction de la Maîtrise de la cathédrale Saint-Bénigne à la suite de Mgr Moissenet, son fondateur. Ce chœur assure les offices du dimanche et des fêtes.

Joseph Samson est un compositeur de messes et de psaumes, un compositeur authentiquement liturgique qui a assimilé l’art sacré par une pratique constante. Il est imprégné de la musique des grands maîtres du Moyen Âge et de la Renaissance dont l’art est pour lui un parfait modèle. Ses treize messes sont de « grandes synthèses ordonnatrices ». Il les perçoit comme un ensemble de motets dont le texte est évidemment primordial. De lui découle la ligne mélodique. Parmi ses oeuvres, on peut citer la messe Avent et Carême qui s’inspire du chant grégorien, la Messe pour tous les temps qui utilise un thème de Bach, la messe Amor a longe dont le thème est emprunté au troubadour Jaufré Rudel etc. Ses Psaumes, écrits notamment à partir de la traduction de Paul Claudel, sont également célèbres

Joseph Samson était un grand érudit auteur de nombreux ouvrages dont les titres donnent de précieuses indications sur sa pensée et son esthétique. Par exemple, Palestrina ou la poétique de l’exactitude, Musique et vie intérieure, Paul Claudel, poète-musicien. Grâce à l’association du Cinquantième anniversaire de la mort de Joseph Samson que préside Jean-Michel Pelotte, un grand nombre de manifestations sont organisées en 2007 dont sept concerts, un colloque en novembre à l’université de Bourgogne, une exposition à la bibliothèque municipale etc.

Guy Leclercq n’hésite pas à qualifier Jean-Louis Gand de « fils spirituel » de Joseph Samson, comme chef de chœur et comme compositeur. Ainsi Jean-Louis Gand conduit-il les voix sous les voûtes des églises et écrit-il pour elles. Il n’est évidemment pas possible de mentionner ici l’ensemble de ses compositions. Je ne citerai que quelques jalons de son œuvre qui est considérable et qui s’attache à des instruments ou à des formations très diverses : la messe Étoile brillante du matin pour chœur et deux orgues en 1978, la Liturgie Chorale créée à l’abbaye de Fontenay pour le 900e anniversaire de saint Bernard en 1990, l’Oratorio pour la paix dans le cadre de la célébration de la fondation de Cîteaux en 1998 etc.

Dans le domaine vocal profane, Jean-Louis Gand compose des Madrigaux pour chœur mixte sur des poésies de Marie Noël avant de se tourner vers Musset, Baudelaire ou Apollinaire. Son goût pour les lettres classiques s’y retrouve tout entier.

Jean-Louis Gand compose aussi pour les formations de chambre depuis le Sonnet XXXV de Pétrarque en 1985 où l’inspiration italienne est évidente, l’Arche du jour et de la nuit pour bois et percussions, jusqu’au quatuor à cordes Brésille l’or sur les nuées donné à l’auditorium en 2000.

Pour aller un peu au-delà de ces sèches énumérations et comme, je vous prie de m’en excuser, je n’ai aucune compétence en la matière, je citerai à nouveau Guy Leclercq  : « L’art de Jean-Louis Gand empreint d’une grande noblesse de style est source d’équilibre et de joie pour l’auditeur. Le matériau harmonique initial est primordial car il fixe les couleurs d’accords et détermine les évolutions contrapuntiques […] Son style vocal choral toujours souple, expressif, très respectueux de la voix humaine, s’auréole d’une écriture instrumentale éclatante par ses couleurs […] Tradition et nouveauté interfèrent… ».

Le philosophe Pierre Boutang aurait pu introduire ainsi la communication de Jean-Louis Gand : « Il est frivole de parler de la musique, avant d’avoir une fois dans sa vie défini pour soi-même le terme aujourd’hui proscrit, entre tous, de nos livres et de nos école : la transcendance. » Une mise en garde au cœur du sujet mais inutile, à l’évidence, pour Jean-Louis Gand tant cette dimension semble présente dans son oeuvre. Le sujet de sa communication est essentiel pour qui s’interroge, ne serait-ce qu’en simple honnête homme, sur la création artistique contemporaine. Il serait vain de dissimuler la distance qui existe entre l’art actuel et son public, plus ou moins grande selon ses formes. Les arts plastiques sont autant concernés que la musique et même la littérature – qu’on se souvienne du nouveau roman et que l’on considère la poésie. Certes la fréquentation des œuvres permet de réduire cette distance. Mais l’artiste, le créateur, n’est-il pas aussi dans son rôle, au cœur de la cité quand il s’exprime sur son art ? Il est temps de donner la parole à Jean-Louis Gand qui va nous présenter sa propre réflexion sur la création musicale telle qu’il l’a vit, et exposer la genèse de son œuvre dans la démarche originale de sa création.

 

13 mars 2007